Plan d’évacuation

Issue de secours : nombre, largeur et signalisation

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Une issue de secours n’est pas une porte qu’on décide de baptiser ainsi. Son nombre, sa largeur et sa signalisation se calculent à partir de l’effectif reçu, selon une arithmétique précise — celle des unités de passage. Comprendre ce calcul évite deux erreurs symétriques : sous-équiper un local, ou en condamner l’usage par excès de zèle.

L’essentiel

  • Les dégagements des ERP sont régis par les articles CO 34 à CO 60 du règlement de sécurité (arrêté du 25 juin 1980).
  • L’unité de mesure est l’unité de passage (UP), fixée à 0,60 m.
  • Par exception, un dégagement d’1 UP mesure 0,90 m et un dégagement de 2 UP mesure 1,40 m ; au-delà, on revient au multiple de 0,60 m (3 UP = 1,80 m).
  • La largeur se calcule à raison d’une UP par 100 personnes ou fraction de 100.
  • Le nombre et la largeur découlent de l’effectif : c’est donc le calcul d’effectif qui commande tout le reste.

Dégagement, issue, sortie : le vocabulaire du règlement

Le texte parle de dégagements, terme qui englobe tout ce qui permet le cheminement et l’évacuation : portes, couloirs, escaliers, rampes, sorties. L’« issue de secours » du langage courant est l’une de ces composantes.

Cette précision compte, parce que la réglementation ne raisonne pas porte par porte mais sur la chaîne complète : il ne sert à rien d’avoir une large porte de sortie au bout d’un couloir trop étroit. Le dimensionnement se pense sur tout le parcours.

L’unité de passage, et pourquoi 1 UP ne fait pas 0,60 m

L’unité de passage vaut 0,60 m : c’est la largeur théorique nécessaire à l’écoulement d’une file de personnes. Un dégagement de 3 UP mesure donc 1,80 m.

Mais la règle comporte une majoration pour les petits dégagements, et c’est elle qu’on oublie : quand un dégagement ne comporte qu’une ou deux unités de passage, sa largeur est portée respectivement à 0,90 m et 1,40 m. Autrement dit, une seule UP n’ouvre pas un passage de 60 cm mais de 90 cm.

La logique est physique : une personne seule ne circule pas dans un couloir à sa stricte largeur d’épaules, surtout en situation de panique, en portant quelque chose, ou en aidant quelqu’un.

Le calcul part de l’effectif

La largeur des dégagements se calcule à raison d’une unité de passage par 100 personnes — ou fraction de 100. Le nombre de sorties suit une logique analogue, croissante avec l’effectif.

Tout dépend donc de l’effectif retenu, qui n’est pas le nombre de personnes présentes un jour ordinaire mais un effectif déterminé selon les règles propres au type d’établissement. C’est l’étape que les exploitants sous-estiment : se tromper d’effectif fausse mécaniquement le nombre de sorties et leur largeur.

Pour un local de santé, l’effectif se calcule selon les règles applicables à sa catégorie et à son activité. Faites-le vérifier plutôt que de l’estimer : c’est le paramètre dont dépend tout le dimensionnement.

Ce que la signalisation doit garantir

Un dégagement correctement dimensionné mais mal signalé perd sa fonction. Quatre points font la différence en exploitation :

  • La continuité. Le jalonnement doit conduire d’un bout à l’autre du parcours, sans point où l’on hésite. Un panneau au départ et un à l’arrivée ne suffisent pas si le trajet comporte un choix.
  • La visibilité en cas de coupure d’électricité, qui accompagne fréquemment un sinistre.
  • La cohérence du pictogramme : silhouette et flèche dans le même sens, panneau vert rectangulaire de la famille « sauvetage et secours ».
  • Le maintien du dégagement libre. C’est le manquement le plus banal : cartons, mobilier, poussette pliée devant une sortie. La conformité se perd en exploitation, pas à la réception.

Les valeurs précises applicables à votre établissement — nombre de sorties, largeurs, distances maximales à parcourir — se lisent dans le règlement en vigueur pour votre type et votre catégorie. Un bureau de contrôle ou la commission de sécurité compétente restent les interlocuteurs pour valider un projet.

Vos questions, nos réponses

Combien mesure une unité de passage ?

0,60 m. Mais attention à la majoration prévue pour les petits dégagements : un dégagement d’une seule unité de passage doit mesurer 0,90 m, et un dégagement de deux unités 1,40 m. Ce n’est qu’à partir de trois unités que l’on retrouve le multiple simple, soit 1,80 m. Beaucoup d’erreurs viennent de l’application mécanique de 0,60 m à un passage unique.

Comment sait-on combien de sorties il faut ?

Le nombre de sorties et le nombre d’unités de passage découlent de l’effectif de l’établissement, la largeur se calculant à raison d’une unité par tranche de 100 personnes ou fraction. Le point de départ est donc le calcul d’effectif, qui obéit à des règles propres au type d’activité et ne se confond pas avec la fréquentation observée. C’est le paramètre à faire valider en premier.

Peut-on stocker temporairement du matériel devant une issue ?

Non, et c’est le manquement le plus fréquemment relevé. Un dégagement doit rester libre en permanence : sa largeur réglementaire n’a de sens que si elle est effectivement disponible. Le caractère « temporaire » de l’encombrement est sans portée, puisqu’un sinistre ne prévient pas. C’est aussi le point qui se dégrade le plus vite après la mise en service, d’où l’intérêt d’un contrôle visuel régulier.

Une porte fermée à clé peut-elle compter comme issue ?

Une issue doit pouvoir être franchie par les occupants au moment où ils en ont besoin, sans clé ni intervention d’un tiers. Les dispositifs d’ouverture admis — barres anti-panique et équivalents — répondent précisément à cet impératif, en conciliant sûreté et évacuation. Une porte verrouillée par une serrure classique ne remplit pas cette fonction, quel que soit l’affichage apposé dessus.

Julien Juchereau

Julien Juchereau suit la réglementation de l’affichage et de la signalétique appliquée aux professions de santé libérales. Il décortique les textes — affichage des honoraires, accessibilité, sécurité — pour en tirer ce qu’un cabinet, une officine ou un centre de soins doit concrètement mettre au mur, et sous quelle forme.